Une nouvelle formation a été dispensée en 2022-2023 à l’IUT d’Amiens : « Porter un projet durable ». Cette initiative, proposée aux étudiants du département « Gestion des Entreprises et des Administrations », a laquelle j’ai pu contribuer en tant qu’enseignant vacataire en travaux dirigés et travaux pratiques, s’est avérée riche en apprentissages, à la fois pour les étudiants et les intervenants.
De plus en plus d’enseignants et dirigeants d’établissement s’emparent des enjeux environnementaux. Si beaucoup reste à faire, 2022 a marqué un tournant avec d’une part la publication du rapport porté par Jean Jouzel (Sensibiliser et former aux enjeux de la transition écologique et du développement durable dans l’enseignement supérieur) et d’autre part, les annonces de la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, parmi lesquelles « au plus tard en 2025 », un « socle de connaissances et compétences globales, transversales et pluridisciplinaires » devra être acquis et conditionnera l’obtention d’un diplôme de premier cycle.
A l’IUT de Gestion des entreprises et des administrations (GEA) d’Amiens, cette tendance s’est concrétisée par la création ex-nihilo de la SAé (situation d’apprentissage et d’évaluation) « Développer un projet durable ». Ce module a intégré au futur diplôme de Bachelor Universitaire de Technologie (BUT) :
- 6 heures de cours magistraux : limites planétaires, objectifs de développement durable, cadre législatif français, scenarios énergétiques…
- 10 heures de travaux dirigés : la « mise en récit », le greenwashing avec étude de cas, participation au défi Ma Petite Planète…
- 6 heures de travaux pratiques : Fresque du Climat, Atelier Deux Tonnes, Jeu du Système (deux ateliers par groupe)

Maîtresse de conférences en Expression-Communication, la coordinatrice de cette SAé était certes déjà familière de ces sujets, par intérêt personnel. Elle démontre cependant qu’une expertise pointue n’est pas nécessaire pour construire un contenu de grande qualité. Il lui fallait en revanche le soutien de sa direction, sur lequel elle a pu compter. Un grand merci à Isabelle HAUTBOUT et Christophe CHAUVET pour leur confiance et la qualité de notre coopération !
Le bilan est incontestablement positif. Quelque soit leur niveau de départ, une grande majorité des étudiants a saisi l’importance des enjeux, a su évaluer des pratiques d’entreprises vertueuses ou trompeuses et comprend à la fois la nécessité et la difficulté à insérer l’économie dans le respect des équilibres écologiques.
Si environ 200 étudiants en BUT GEA ne sauraient être considérés comme représentatifs de quoi que ce soit, leur hétérogénéité par rapport aux questions environnementales reflète au moins en partie la diversité des sensibilités à une échelle plus large. Certains avaient clairement déjà des repères et quand l’un d’eux cite le rapport Meadows dès le premier TD, c’est une bonne surprise (d’un point de vue a minima « culturel », indépendamment de toute opinion sur ledit rapport).
Mais pour d’autres, « on en fait déjà bien assez », quand ce n’est pas déjà trop. Il est d’ailleurs frappant de constater que dans ce cas parler d’environnement est très vite assimilé à une forme de catéchisme, militantisme vert, bonne conscience à peu de frais. La mise en pratique via le défi Ma Petite Planète, très pertinente sur le fond, a ainsi été perçue de façon très variable (entre enthousiasme et réticence) et sera d’ailleurs revue dans sa forme l’an prochain.
De cette expérience, je retiens beaucoup d’enseignements, en particulier :
- le rappel d’une évidence : même en 2022 et même chez « les jeunes », les questions environnementales restent des plus clivantes et sont loin d’avancer en terrain conquis ;
- d’où l’intérêt de les aborder de façon aussi factuelle que possible ;
- sans pour autant masquer les opinions, les controverses dont il est d’ailleurs intéressant de faciliter l’expression de façon cadrée : quand un étudiant exprime dans la partie « avis personnels » du rapport final que les jeux sérieux type Fresque, c’est sympa, mais moins amusant que FIFA 23 sur console (extrait non représentatif de la moyenne des restitutions…), cela permet de prendre la mesure de ce qui n’est pas passé comme attendu… ;
- il est possible en quelques heures et forcément « en concurrence » avec d’autres cours, de faire progresser un groupe de façon substantielle sur des notions complexes, à condition de sélectionner soigneusement les contenus et d’adapter les formes (« descendante » / participative…), car entre un vernis environnemental d’une part et la maîtrise des notions clés, de leur articulation, des ordres de grandeur essentiels d’autre part, la marche est haute ;
- donner à voir et idéalement pratiquer des leviers d’actions concrètes, à la fois aux échelles individuelle et collective.
Ainsi, il devrait être possible de dépasser le constat mitigé en termes d’engagement et le « sentiment de fatalité » de cette étude récente de l’ADEME : Le dialogue intergénérationnel sur l’environnement.
Voir aussi : À l’IUT d’Amiens, les étudiants se forment au développement durable